On en est où ?

Ben oui tiens, c'est quoi alors cette dentelle là ?


Bon, on a un chouille avancé. Lisons la maman de Marie, qui à sur la chose une définition toute emprunte d'un professionnalisme que je n'ai pas :


- il est extrêmement difficile de répondre car on n'a pas assez d'éléments. La photo ne rend pas les détails importants.
- la date : milieu XVIIe
- dentelle à l'aiguille, c'est presque certain, mais il faut exclure le Poinct de France, il est plus vraisemblable que ce soit du Poinct de Venise, mais lequel ? le Gros Poinct de Venise s'il comporte des reliefs, chose que l'on ne distingue pas, ou Le Poinct Plat de Venise?
Il faudrait aussi savoir comment sont les brides , picotées ou non ?
Les poincts de Venise ont été copiés et exécutés dans d'autres pays, tout en gardant leur appellation .
- Si, on pouvait regarder à la loupe le tableau, on s'apercevrait peut-être que ce qui semble être une dentelle à l'aiguille se révèle être une dentelle aux fuseaux. Au quel cas on opterait pour une dentelle de Milan ( dentelle à lacets de mat simples ou ornés de petits ajours ou points fantaisie) Cette dentelle de Milan était très souvent exécutée ....... à Venise !

*

Du coup, je suis allée grabotter un peu sur le net entre le point de Venise, et celui de France. Et j'ai trouvé pas mal de petites choses, dont une, très bien faite, LA.

Bon, pour vous la faire courte, si vous n'avez pas le temps de tout lire, et ben je vais vous résumer la chose, parce que c'est chaud bouillant le monde de la dentelle :

Alors, imaginez vous qu'au milieu du XVIIe siècle, à Alençon, y'avait des dames super douées et en plus, qui avaient de l'imagination. Oui, mais sauf qu'en Italie aussi, on savait faire ; et même que la dentelle top fashion de l'époque, on appelait ça "le point de Venise" .

Et comme ça le faisait, quand même, de dire à la cour pour faire bicher les copines : "j'ai ramené une petiiite dentelle de notre mois à Vêniiise" (woui, à l'époque, le vique-end, c'était un peu short pour aller mater les gondoles, tout au plus on arrivait en deux jours jusqu'à Bécon-les-Bruyères), plutôt que "j'ai fait travailler une petite brodeuse du quartier, elle a des dooiiigts de féeee"  ; et ben, c'était quand même l'Italie qui gagnait sur ce coup là.

Du coup, Colbert était plutôt fumasse. "Mais allo quoi, tu t'appelles France et t'as pas de dentelle ?". Et hop, ni une ni deux, y va (pas lui hein, des barbouzes du temps) kidnapper 20 italiennes dans les ateliers de Venise. Et les amène à Alençon, histoire de les changer un peu de climat.

Hop, les filles, au boulot, sur le carreau !

Du coup, les italiens, fumasses de fumasses, ils interdisent aux dentellières de quitter le pays, fini l'expat, plus de petits séjours à Bécon-les-Bruyères, on reste à la maison !

Colbert, lui, il s'en tape le coquillard, maintenant qu'il a le secret de Venise, il va faire son Mao de service. Ni une ni deux, il ouvre une manufacture royale, il y installe une batterie de dames brodeuses-copieuses, et il interdit aux autres petites dames de manier l'aiguille.

A Alençon, c'est la révolution, mamy fait de la résistance, ça rumine dans les chaumières, et y'a même des dentelières qui rentrent dans la clandestinité. Les Incorruptibles, à côté, c'est du pipi de chat. On doit à ces guerrières, dentelle au mousquet, la conservation du point d'Alençon. Rhhaa, Venise ne passera pas par moi !

Et Colbert, du coup, y fait quoi Colbert ? C'est pas comme s'il avait pas de relations. Il appelle (au bout du couloir, cela va sans dire, le mobile sera pour plus tard) Loulou qui passait par là entre deux "L'Etat, c'est moi".

Et paf, les vénitiens en reprennent un coup dans la cravate, heu, la dentelle.

IN-TER-DI-CTION formelle est faite au bon peuple de France de porter de la dentelle pas de chez nous. C'est Loulou qui l'a dit, c'est comme ça, c'est pas autrement.

Et le point de Venise d'Alençon ?

Allons, allons, en France, on a pas de pétrole, mais ont a des idées ! Sus à la copie, en douce, nos dentellières manufacturières vont hybrider la chose. On reprend le point d'Alençon qui se planquait entre deux lits clos, on le mélange à l'italienne, et on fait croire à Colbert qu'on a obtenu THE dentelle herself.

Histoire de faire plaisir au boss, dans un premier temps, on va appeler ça "la Colbertine".

Je suis sûre que dans les ateliers, ça devait ricanner sec : "et alors, t'es venue en colberti-tine ce matin ? Yerk, yerk. Ou alors,"eh, les filles, qui c'est qui mange à la can(ber)-tine à midi !". Wouarf.

La Colbertine, regardez, c'est celle là, portée par Coco en 1676.

Et puis après, pour faire simple et royal, on va appeler la bestiole brodée "point de France". Direct, efficace, patriotique. Parfait.

Bon, après, c'est le bazar total. Parce que sous le terme de "point de France", et ben on met tout et n'importe quoi "made in chez nous". Et vas-y que je te mélange le Puy avec Arras, Bayeux avec Aurillac. Ca devient comme le cassoulet ou la bouillabaisse. Pas une ville qui ne dise que le vrai point de France, c'était là que ça se produisait, et qu'à côté, c'était moche de chez moche.

Des vraies chiffonnières.

Autant de carreaux, autant de fuseaux.

Chaud-bouillant je vous dis.

*

Bon, et sinon. C'est qui le monsieur du col ?

Encore des petits trucs à chercher. On en parle un chouille plus tard ?

*

Ah oui, et puis...

MERCI

Parce que sans vous, ça serait moins fou...