Alors, aujourd'hui, on se la fait histouère ET canaille ?

Quoi, on va tomber dans la gaudriole ? Courir la gueuse ? Chasser le minou ?

S'encanailler dans les bois ? Tirer sur le guilledou ?

Naaann, point de tout cela, on va juste bourdaliser, descendre à l'étage, se mirer le potiron, voire causer étron.

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Bref, causer fondement.

Avec en question de fond : savez vous d'où vient le "God save the queen" cher à la perfide Albion ?

Ce solennel air national là, tout de profondeur emprunt ?

Alors ? Une réponse ?

Non ?

Et bien de la fistule !

Mais pas n'importe laquelle non plus hein. On va se la prendre royale celle-là. Chez Louis XIV, rien que ça...

Bon, pour savoir ce que c'est qu'une fistule, je vais pas vous faire un cours d'anatomie, y'a juste à cliquer sur le lien.

Pour tout vous dire, celle de Loulou était fort mal placée. A savoir du côté de la lune, au centre plus exactement.

Un truc juste genre "ça dépasse et c'est pas supportable". Fini le canasson et la gaudriole. Y'avait du dégât. Fallait agir.

Au départ, on se contente de 2 pater et 3 ave.

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Et puis, pour lui remonter le moral, Madame de Brinon, supérieure de la Maison royale de Saint-Louis, au moment de l'inauguration de sa maison, fait chanter un petit quelque chose. Bon, c'est pas du tout neuf, c'est un motet tiré du dernier verset du psaume XIX de David : "Domine, salvum fac Regem et exaudi nos in die qua invocaverimus te". Ou autrement dit : "O, Dieu, sauve le Roi, et exhausse nous en ce jour où nous t'invoquons" (on va pas quitter la latin comme ça non plus :0). La phrase est plutôt connue, vu qu'on la chante à chaque fois dans tous les "Te Deum" de la planète. Mais la version est plutôt chouette.

Bon, ok pour le motet. Mais ça fait pas trop d'effet...

Du coup, on est passé au plan B.

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Sachant qu'en ce temps là, le chirurgien, plus proche du barbier, partageait avec le premier l'instrument du dernier. Un bon coupe chou donc. Et un bon litre de rhum ou autre pastaga comato-provocateur. Histoire de ne pas avoir trop de vapeurs. Un bout de bois aussi, ou un royal coussinet à glisser entre les dents pour ne pas réveiller tout Versailles lorsque le coupe-chou fouraille.

Et ça marche ! L'opération réussit. Elle en reste d'ailleurs dans les Annales...


Dieu sait que c'était pas gagné cette histoire là. Parce qu'à l'époque, les antibiotiques, c'était loin d'être automatique, vu que y'en avait pas...

Pfiou, le trône était pas passé loin.

Au propre, et au figuré.

Du coup, en 1687, après que l'auguste fondement ait été expurgé de ses dérangements, les courtisants étaient tellement contents que la France entière est en liesse. Et va-y qu'on chante, qu'on danse et qu'on ripaille en honneur du barbier de Versailles. Jean-Baptiste Lully, tout emprunt de l'air du temps, reprend le motet de dame Brinon, et le met dans son Te Deum, histoire de fêter l'opération.


Bon, par la suite, Lully se choppe une disgrâce. Sans antibio. Et il en est tellement marri, qu'il en meure.

Après, ça dégénère. Et vu que Lully était disgracié, on a un peu tendance à l'oublier. Et ses airs aussi.

Sauf qu'à ce moment là, les stuartistes, partisan du roi Jacques II d'Angleterre (cherchez pas, c'est une histoire de cousins), viennent crécher un temps à Saint-Germain. Madame de Maintenon leur bourre un peu le mou avec le motet. Un truc genre "danse des canards". Un machin du style "une petite écoute dès le matin accompagne le pèlerin". Du coup, ça devient leur hymne.

Et lorsqu'en 1745, les stuartistes débarquent en Angleterre, qu'est-ce qu'y font ? Ils emmènent le motet avec eux. Et hop ! Et vas y que je te le chante à tue-tête pour couper celle des ennemis. Sauf qu'histoire de les faire bicher, les adversaires de Hanovre s'en emparent comme un trésor de guerre, et exit Stuart & Co.


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Après, on passe le relais à Haendel, qui orchestre la chose pour l'Electeur de Hanovre. Et comme l'Electeur y devient roi d'Angleterre, et ben Haendel, va le voir, et lui vend la chose : "en voilà un qu'il est beau d'hymne pour le nouveau roi, et que ça fout les poils sur les bras, ...etc, etc.)


Et ça devient "god save the King".

Bon, après, king, queen, on va pas chipoter sur les successions, on adapte.

Et voilà comment du réjouissement de la guérison d'un royal fondement on transforma un motet en hymne à royal gouvernement...

On est (décidément) peu de chose...

*

Ce post est une spéciale dédicace à Kate. La dame comprendra. Son fondement aussi, je l'espère en tous cas :0)

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