Bon, mes petits chats, on en est où ?

Parce que bon, c'est pas tout, mais faut sortir un peu la tête du trou.

Le désespoir, c'est pas une fin en soi, et en plus, c'est carrément le plus nul des moteurs.

Le plus efficace aussi...

Vous avez remarqué comme la peur est efficace ? Deux coups de cuillère à pot, et hop ! On y est, au fond du pot.

Le pire, c'est que ça s'auto-nourrit cette histoire là.

*

Alors que l'espoir, l'espérance, là, c'est un autre truc.

Ca se gagne ce machin là. Un genre presque inaccessible. Si proche et pourtant si lointain.

Pourtant ça tient à peu de choses, un sourire, une main tendue, un petit mot.

Juste l'envie d'avoir le coeur heureux. Sauf que quand on à le coeur en berne, ben, le sourire, on le voit pas forcément.

Pourtant, pour le voir, ce petit bout d'espoir, y'à un truc très simple.

Pas le pain, ni les jeux, ça c'est une invention genre brouillard ou fumée, c'est fumeux.

Non, le truc, c'est l'axe de vue.

Oui, l'axe de vue...

Quand on est plongé dans les soucis, en gros, l'axe de vue, c'est noir.

Alors, y'en a qui vont parler du bout du tunnel, de la lumière qu'on est sensé voir après avoir fait un looong, looong chemin.

Bon.

Sauf que l'axe de vue, c'est pas pareil.

Vous vous souvenez du film "Matrix" ?

Dans Matrix, pour tourner les scènes où le personnage bouge alors que tout est statique autour de lui, on utilise 120 appareils photos. On les dispose autour du personnage, en rond ou en spirale. Et on combine les images. Ca donne cet effet très particulier d'une scène à la limite du quantique, à la fois mobile et immobile.

In english, on appelle ça le "bullet time". Un terme de circonstances, oui, je sais, malheureusement...

Et l'espoir, et ben, c'est pareil.

Quand la situation ne bouge pas, quand la vie est figée par la peur, et bien rien de tel qu'un changement d'appareil photo, d'axe de vue.

Pourquoi attendre le bout du tunnel, alors que ça se peut, y'à une porte sur le côté ? Voire au plafond ?

Pour ça, faut juste savoir regarder.

Juste apprendre à prendre le temps, s'arrêter. Se poser, tourner autour du pot.

Pour voir là où l'on ne voyait pas, trouver finalement la ressource qui va remettre le moteur en marche, déclencher l'étincelle.

Et repartir...