J'étais bien partie tient... Ca fait un petit moment en fait.

J'avais des tonnes de trucs à vous raconter, j'écrivais dans ma tête.

Ça s'appelait "vis ma vie aux archives".

C'était il y a 15 jours. Dans une charmante petite grande ville en goguette.

Si je dis petite, et que je dis le nom de la ville, je risque de me faire appeler Marcel pour tout ceux qui considèrent qu'elle a tout d'une grande. Du coup, va pour la "petite grande", on ne vexe personne... Bref, elle fut grande, moult années de là, mais elle est quand même vraiment cht'iotte maintenant.

Cela dit, elle est belle comme tout.

Bref, me voilà partie faire des recherches en archives, avec toujours ce petit truc au fond de la gorge lorsque je suis en goguette. Une sorte de retour aux sources à chaque fois (admirez le jeu de mots...). Avec un concept de départ qui me rapproche encore plus de mes vertes années : faut pas trop que ça coûte. Double retour aux sources donc. Ben oui, l'étude du nouveau jardin en cours a de tout petits moyens, alors la first classe et l'hôtel 3 étoiles, on regarde de loin.

Cela-dit, on regarde toujours de loin :0). Mais bon, là, y'avait défi.

Allons-y donc pour l'éco. 3 heures de train, pas de TGV. Cling, c'est toujours ça de moins dans l'escarcelle.

Choix d'un hôtel minimaliste. Mais quand même à côté d'une superbe église. Ca l'fait. Double cling.

Les wawas et la douche sur le palier, et la fenêtre qui ne ferme pas concourent au charme de la chose. Tant, pis, en avant comme avant, ou plutôt comme hier. Pour contrer les petits filets de vents glacés, en guise de couvertures, on rajoute la veste, le manteau, les écharpes et autres trucs sensés jouer le rôle d'un édredon.  Qui finissent obligatoirement en tire-bouchons. Triple cling.

Après, y'a les archives.

Souvent, c'est neo-pompidolien. A savoir doté de tables en formica, de néons du plus bel effet, de blafardes lumières pseudo carpates, avec, côté carpette, le chuintement de la semelle sur le lino. Ah, le chuintement de la semelle... On aimerait rentrer en lévitation.

Mais là, nul besoin ma brave dame. Du parquet, de chène, sécculaire. Par terre, sur les tables, en boiseries, et sur les plafonds. Un ancien palais... Régal pour les yeux, y'a même une cheminée. On se rêverait au coin du feu. Bon, les neo-pompidoliens ont quand même sévi à l'entrée, avec investissement en banques d'accueil d'environ 1,50 m de haut, ce qui complique un chouille la communication. Le monsieur qui a conçu ça devait avoir en tête l'alongement de la population. Allez-savoir... Sachant que le public archivistique étant plus généralement proche de la sénilité que de la prime jeunesse échevelée, les pauvre petites dames voutées qui généalogisent à mort ont parfois quelque peu du mal à dépasser le comptoir en bord. Passons.

Dans la salle, deux vieillards chenus, penchés sur des actes de 10 fois leur âge. Mise en abîme...

Sentiment de jeunesse retrouvée. Le poids des ans m'abaisse en temps. Là où le rhumatisme règne, je glisse, virevolte en cartons, me retrouve comme à 20 ans en comparaison d'antan.

Après, il y a la jubilation de la découverte. Rhaaa, le dossier jamais ouvert. Jamais. Enregistré, ok, mais plus jamais consulté. Mieux qu'un monchéri dis donc. Parce qu'à l'intérieur, à défaut d'alcool fort, y'a des trésors. Du coup, le nain jubile. Et partage. On fini par être très potes avec les archivistes, en se bidonnant sur la série 4 E 119 12. A chacun son humour hein...

Après, y'a le dej. Vu qu'on est en tarif éco, on applique le vieux principe estudiantin. On prend la chambre d'hôtel avec petit dej. Petit dej qui va servir à la fois de petit dej, de dej, et de dîner. Quadruple cling. Bon, après, faut quand même être discret quand on flanque la moitié du panier de fruits dans son sac à main (toujour choisir un grand sac). Sinon, ça fait un peu radin. A retenir, outre la pomme, la petite plaquette de nutella hôtelier qui finit en beauté un repas petit déjeuner. Ne pas prendre de bananes, ça sent pas bon une banane. Dans un train, c'est une torture. En archive, on oublie d'office la procédure.

Cavalcade en archives donc, le temps est compté. L'appareil numérique accélère la chose. On dévore du vieux papier comme une photocopieuse survoltée. Les archivistes concourent. Et courent, allez, hop, fini le 4 E 119 12, on passe au 13 ! Quitte à se planter dans la commande en prenant machinalement la suite en rayon.

Sauf, qu'en archive, le classement, c'est toujours coton.

A la suite du 4 E 119 12, y'avait pas le 13, mais 96. Va savoir Edouard. Me voilà projetée cent ans plus tard, qu'est ce que c'est que ce bazar ? Retour à l'envoyeur. Dans la bonne humeur. Poilade en 4 E 119 96.

Après, le soir, y'a la télé ! Rhoo, alors ça. Contraste. Parce que le soir, faut traiter les clichés. Transférer les fichiers, trier, voire commencer à décrypter. Tout ça devant des niaiseries improbables. Ça crée de curieux liens ce machin. Ou comment associer les cht'is à Los Angeles avec les photos de la série S. Ben oui, tant qu'à faire. Parce que pour l'intello, on connaît déjà, on sait où aller chercher, qui du podcast enluminé, ou quoi de l'émisson enculturée. Mais la niaiserie ?  Vu que la télé, chez moi, y'a pas, la niaiserie, généralement, on oublie.

Mais quand l'écran est là, autant observer la chose. Et zou, après les jours archivés, petite étude ethnologique sur le débile en télégénique.

Cela dit, ça lasse assez vite le trop. Et on finit sur la vie des hippo ou l'architecture du Bas-Hainaut en deux coups de cuillères à pot. Bah oui, parce que vue la classe éco, pour ne pas manger mon nutella avec les doigts, j'avais aussi fauché une petite cuillère avec le petit déjeuner. Rendue à la fin, cela va sans dire, enfin !

Voilà comment, après une semaine entre la pomme et l'archivage, me voilà de retour dans mon TER à arrêts volages : "merci d'attendre l'arrêt complet du train pour descendre". C'est vrai qu'on a pas trop envie de rester dans le tacot.

Après, le constat est fait : 3500 clichés.

Là, on est plus en éco.

Y'a pas à tergiverser, maintenant faut décrypter.

Mais c'est tellement bon...