Allez, tient, dans notre série "c'est du vécu", aujourd'hui, "vis ma vie à la sécu".

Alors non, je ne navigue pas entre les Archives et la Sécu. Dans l'histoire je suis, dans l'histoire je reste. Chacun ses passions.

Mais quand on a une petite propension au décalage spatio-temporel, la confrontation avec certains concepts contemporains tient parfois à la haute voltige.

A savoir : un changement de statut.

Sur le principe, c'est bête comme chou un changement de statut à la Sécu, hein. On passe de la case A à la case B.

Alors, premier obstacle, avoir impérativement touts les papiers. Une forêt de boulots.

Mais pas forcément des plus simples. A savoir, un chouille de contrat là, un statut auto-entrepreneur ici, des missions au loin, des contrats de bouquins. Bref, le Nain est mÔderne comme dirait l'autre. Il sait que le CDI, c'est pas pour lui. Que sa vision du travail s'apparente plus à celle de l'Ancien Régime qu'à l'actuel. Que si l'argent il veut rentrer, les postes il doit multiplier. Qu'à l'identique du rémouleur ou du vendeur de bouts de galoches, il doit avoir plusieurs mousquetons à ses poches.

Il a compris aussi il y a fort longtemps que le système, c'était le système, à savoir un vortex genre trou noir, et que le prix de sa liberté se situait à la périphérie du truc. Autrement dit, que si je veux jardiner à loisir, historier à plaisir, tout en espérant vivre de la chose, autant fuir le trou noir pour voguer dans ma propre galaxie. Proche du système, mais pas trop près non plus.

Voilà, déjà, une fois qu'on a posé le concept de l'indépendance, rien qu'au franchissement de la porte de la Sécu, on sait, pour parler cru, que ça va chier dans la colle.

Aller, courage et détermination cocotte, va falloir y aller. Porte franchie. Trois "agents d'accueil". Autrement dit, des gros bras. Le mec qui t'empêche d'accéder à l'appareil qui distribue des tickets si t'as pas de raison d'y aller. Ca doit le faire ça, quand on demande à ces messieurs ce qu'ils font dans la vie. -"Je suis  agent d'accueil à la Sécu". - "Rhhhaaaa, mais attends, t'as fais des études de videur ?". - Vision fugace du sketch de Dany Boon : - T'as des bâskets ? Tu rentres. T'a pô de bâsckets ? Tu rentres pô". " C'est môa qui dit c'est ki qui rentre dans la discothèque et c'est ki qui rentre pô".

Alors, on se colle un sourire genre "the mask" sur la figure, et on essaye de franchir l'entrée du nigth club. Voix flutée genre petite dame perdue : "heuuu, je viens pour un changement de situation". En vrai, le Nain est mezzo-soprane et a déjà fait éclater un certains nombres de tympans de mères apeurées lorsqu'elle appelait ses enfants au square à l'heure du goûter. Mais en tant que mezzo-soprane, elle sait aussi très très bien faire la petite voix flûtée, ainsi que moult accents divers et variés. J'ai un gosier de caméléon. Bon, cela dit, j'allais pas prendre l'accent de Mickey pour accéder au ticket. Mais je sentais bien qu'il fallait pas que je la ramène trop.

ciel_mes_bijoux

- Vous avez tous les papiers ?

- Woui...

- Vous êtes sûre ?

- Woui...

- Bon, on va prendre un ticket.

Sachant que c'est pas vous, hein, qui appuyez sur le bouton, c'est le videur, heu, pardon, l'agent d'accueil. On sait jamais, y'a quand même trois boutons différents. D'ici à ce que vous finissiez par commander un menu best of en appuyant sur le bouton "conseiller"...

Bref, on attend. Après, on pousse la porte C, et là, on tombe sur un charmant et fringuant jeune homme. Ohhh... Qui après avoir consulté la forêt de boulots, vous dit qu'il n'y a aucun soucis, que les portes du monde enchanté de la situation B vous sont grandes ouvertes. Magique. On repart avec un autre papier, où y faut bien remplir toutes les cases. Facile Émile

Étape 1, franchie.

Après, on remplit le papier.

Grandes questions existentielles sur le papier. En bas, vu que c'est moi qui demande, faut pas qu'il y a la signature de mon cher et tendre si ? Non ? Phrase sibylline... Petite musique d'ascensseur intérieur... Plouf plouf, allez, toi, tu signes pas, on verra !

Étape 2. Retour à la Sécu.

Re-videurs, re-tickets. Re-porte C.

Ouh, il a bien changé le conseiller : Jean-Pierre, 51 ans, à un an de la retraite donc. Genre "avant, j'étais routier". Voilà, voilà. Regard méprisant. "T'ain, encore une meuf".

Re-voix flutée. "J'apporte mon dossier".

"Non, mais attendez, c'est quoi ce merdier, moi, si vous n'avez pas été salariée dans les 3 derniers mois, je prends pas".

Paf le chien.

Alors attends Jean-Pierre, faut pas me la faire. C'est qui qui dirige Dédé le camionneur et Roger le pelleteur sur les chantiers ? Et ben c'est moi monsieur. Et à priori, ils filent doux. Va falloir veiller à pas me manquer de respect.

Ou de planquer son incompétence derrière des airs de routier désabusé.

J'enrage. Utilise ma vraie voix de mezzo-soprane (autrement dit, tout l'immeuble m'a enttendue). Et part en claquant la porte.

Naaan, mais attend. Ce crétin a bousillé ma journée.

A la veillée, retour sur image avec le mâle. Qui, aussi geek que sa dulcinée, et plus que légèrement énervé, va de ce pas consulter sur internet les 12 tomes du règlement de la Sécu.

Pour finir par constater que Jean-Pierre, c'est juste un gros blaireau qui aurait mieux fait de rester dans son 38 tonnes (quoique, vu la bête, ça devait ramoner sur l'autoroute). Bref, qu'il m'a juste raconté n'importe quoi... Y'a des salaires qui se perdent. Je dis ça, je dis rien.

Re-re-retour à la Sécu donc.

Étape 3

Passage ticket. On va finir par devenir potes, et en plus, j'ai des bâskets.

Prière fervente à Saint Antoine : "pourvu que je ne retombe pas sur ce crétin de Jean-Pierre, pourvu que je ne retombe pas sur ce crétin de Jean-Pierre".

Merde, encore la porte C. Sueur froide.

Jeune dame noire à poitrine généreuse. Chouette, une maman ! De sueur, en lueur. D'espoir.

La prière à Saint Antoine a bien marché, et en plus, la dame prend mon dossier. "Faudra juste me faire parvenir le formulaire 24 C. Mais l'amenez pas tout de suite. Le temps que vos pièces soient scannées (oui, oui, maintenant, ils scannent les papiers à la Sécu), y'en a bien pour 3 ou 4 semaines. Si vous l'amenez avant, ils sauront pas ce que c'est, et votre lettre finira à la poubelle".

Ben tient.

Hum, ça sent l'organisation tout ça... Un vrai bonheur.

Cela dit, la petite dame était charmante. C'est déjà ça.

Deux semaines plus tard donc, re-re-re-retour à la Sécu.

Étape 4

Apportage du papier. En mains propres. S'agirait pas que mon courrier finisse aux oubliettes.

Re-videur (ça va les enfants, et la petite dernière ?). Re-ticket. Tout juste si j'ai pas le droit au café avec le menu best of.

Poste C.

Merde...

Jean-Pierre.

Bon, vous imaginez la suite. A savoir que Jean-Pierre l'hyper compétent n'a aucune trace de ma rencontre avec la petite dame précédente. Que ça sert à rien de poser le papier, vu que le dossier n'existe pas. Et que de toutes façons, s'il est au scanner, et ben, il n'y a pas accès. Que par contre, si je fais le 3646, ben eux, y sauront.

images

Alors, comment vous dire ? Jean-Pierre ?

Naaan, je dis pas, j'ai déjà dit suffisamment de grossièretés. On va rester dans le frais, le délicat, l'attentionné, le bienveillant, le guilleret, et l'avenant.

Haummmm... Haummmm....

Étape 5

De retour à la maison. On compose le 3646

Après moult touches écrasées à x euros la minute, et, en toile de fond intérieure, le sublime "faites l'étoile", qui me réconcilie même avec le répondeur du RSI...

ByGAsKlIcAAbSZB

 Un charmant jeune homme (le premier bureau C ?)

Qui me confirme bien que Jean-Pierre est un très très gros blaireau. A savoir que eux non plus, ils ne savent pas où en sont les scans. Mais que par contre, lui, il sait a priori se servir de son ordinateur, et peut voir que mon dossier est bien en cour de traitement.

Pfiou...

Étape 6

Pluie torrentielle. Le videur est devant la porte de la Sécu :

- "Nan, on rentre pas, y pleut, faut passer par la porte de derrière."

- "Attends, regarde, j'ai des bâskets. Et en plus, je vais juste à la boite aux lettres".

Pfiou, ça a été juste.

Étape 7

T'ain, ça devient long cette histoire...

Courrier reçu du matin. Eceki ? Ben célaséku ! Fallait mettre les DEUX signatures. Voilà voilà.

Bon, ça progresse hein, vu que c'est pas le papier original qu'ils m'envoient, mais le scanné !

Joie bonheur dans les coeurs.

Étape 8

Une fois la bête signée, on la ramène à la maison, ou autrement dit, à la Sécu.

Re-videur (et ça va Mamie Paulette ?).

Bon, sauf que le Nain est perfide, et aime bien de temps de faire profiter ses contemporains de ses interrogations existentielles. A savoir mettre le nez du videur dans le papier pour lui montrer que c'est juste incohérent de demander DEUX signatures (cher et tendre et votre serviteuse) alors que c'est UNE personne qui demande (à savoir moi en tant que moi-même).

J'ai juste l'impression d'être au XVIIIe siècle. A savoir à l'âge ou madame, avant de passer l'arme à gauche devait faire acte devant notaire pour demander à ce que son mari lui accorde avec mansuétude ce qu'on appelait alors joliment son "autorité". Ou autrement dit le droit de disposer de ses biens, histoire qu'elle puisse les transmettre à qui elle veut. Après, elle avait le droit de faire son testament comme une grande.

Bref.

Autant vous dire que le videur m'a regardée comme si j'étais une terroriste qui allait ruiner en une seule phrase l'ensemble de ce si beau système, pourtant si bien huilé. J'ai ensuite été priée d'aller me faire voir en Ouzbequistan du Nord (remarquez que je n'ai pas dis "chez les Grecs", ce qui aurait vexé une de mes fidèles lectrices d'outre-îles ensoleillées aux posts cantiniers au combien appréciés). Ou autrement dit - "que c'est pas votre histoire ma petite dame. Et qui manquerait plus que les assurés s'occupent de changer les papiers".

Le monsieur a agrafé la lettre reçue, et le formulaire 24 C : "- Voilà, vous pouvez le mettre dans la boite maintenant.

- "Ah, bon, je vais pas voir Jean-Pierre aujourd'hui ?"

Naaannnn, j'ai peut-être de grandes questions existentielles en signature, mais je ne suis pas maso non plus :0)

A défaut d'être assurée, me voilà rassurée. Enfin rassurée, j'ai toujours pas de nouvelles de la chose. A mon humble avis, va y avoir une étape 9...

CNAAAAAMMMM, je vous aimmmeuuu !