Abyssal...
Toudoudou, toudoudou, toudoudou, ici Londres... Ou les chroniques d'une cartonneuse encartonnée.
D'habitude, le paquet, j'aime ça. Un de mes grands plaisirs, c'est l'emballage. Cherchez pas, c'est comme la fabrication de mini-trucs, la découverte d'un texte d'archives inédit ou la mise au jour d'un bassin de jardin, jubilatoire.
Je choisis les papiers, j'assortis les scotchs, les matières, j'harmonise le calage... L'exercice résulte d'une intense réflexion, le paquet devant être conçu intérieurement avant toute mise en forme. Bref, sur ce coup là, je suis comment dire, légèrement atteinte.
Autant dire que depuis que les cartons ont fait leur apparition dans la maison, mes nuits sont aussi courtes que mon intérieur est chargé... Hantée que je suis par les cabinets curiosités depuis ma tendre enfance, je ne peux décemment emballer mon existence avec insouciance. Et me voilà partie, dans de longues phases paradoxales ou mes rêves d'ordonnancement ne laissent place qu'à la structuration cartonnière. Éreintant.
Je percheronne donc depuis les jours racourcissants qui me séparent de mon déménagement, imposant à la force du poignet à mon intériorité si structurée un exercice ou négligence et abandon se cotoient avec détermination. Pfiou...
L'exercice est ardu donc.
Mon ordinateur, quant à lui, ne survit que grâce à un percheronnage équivalent. Boosté par un bidouillage marital, je lui impose des connexions peu orthodoxes, survitaminées à grand coup de clef 3 G et autre compléments informatiques. La bête renâcle, parfois, rue, souvent, mais s'accomode pour finir avec complaisance de cette surcharge immobilière.
Le changement de jardin, à défaut de crèmerie, vaut heureusement bien que l'on se plie à l'exercice.
Pour qu'enfin, lorsque la transhumance sera finie, le déménagement des nains ne soit plus qu'un souvenir au fond des abysses...
Aller, je retourne à mes cartons, faut que l'emballe les petites cuillères...
