Et si l'on baillait à Bayeux ?
Bayeux, un bail, des baux, c'est beau...
La famille Nain appréciant les visites textiles, il y eut l'Apocalypse d'Angers.

Une splendeur, même si on ne la voit qu'à l'envers.
Vrai de vrai, sous la Révolution, elle a servi à protéger les arbres du froid, et de couverture pour hobereaux. Quel chic ! Faut dire que les machins religieux, ça leur hérissait le poil aux sans-culottes. Autant donc utiliser les beaux tissus pour s'en fabriquer de nouvelles non ?
Bon, une fois les révolutionnaires rhabillés, et après quelques scrupules historicistes, voilà qu'on construit à la belle une galerie de présentation. En plein soleil ! On trouvait ça tellement mieux de voir la tapisserie à la lumière qu'on l'a laissée se blanchir. Faut-il être bête, 3 sous de jugeote... M'enfin, depuis le Néolithique, toutes les lavandières savent ça bon sang !
Bon, même à l'envers et amputée de ses culottes (-40 mètres de nuisettes, faut le faire quand même...), elle n'en reste pas moins magnifique...
Du coup, pas de passage en Normandie sans voir LA tapisserie.
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The Bayeux itself. La fameuse. Faite vers 1070, un bail.
Petit tour d'horizon d'une visite de la célèbre tapisserie. Déjà, je la pensais faite des blanches mains de Mathilde. Et bien non, là dessus, mes certitudes s'effondrent. La perfide Albion aurait même pu être à l'origine de la chose, c'est dire.

Et puis après, pour l'acastillage touristique, j'avoue ma perplexité.
Non, parce que l'orsqu'on a un bijou pareil dans les mains, on tricote un peu autour non ?
Bon, déjà, le billet un fois pris, on attend dans une file genre Disney, avec en toile de fond, un petit film où les personnages de la tapisserie sont animés. Histoire de bien vous faire comprendre que c'est une histoire hein. On sait jamais.
Après, vous atterrissez devant un guichet où une petite dame distribue des audio-guides. Un petit coup de désinfectant avant, juste pour éviter de récupérer l'otite de celui qui vous a précédé, et hop, on configure la bête en Serbo-Croate ou Polonais commercial, en fonction de votre parler local. Soit-dit en passant, héritière de Guillaume de conquérant ou vengeresse de Marie Stuart, la petite dame qui donnait les machines a zappé la désinfection pour le petit groupe d'anglais passés avant nous. Oups, oh pardon, aujourd'hui, pour les rosbif y'avait une promo sur le staphylo !
Et après, c'est la jungle.
L'odieu-guide démarre tout seul, et la dame se gardant bien d'expliquer que vous pouvez l'arrêter de vos blanches mains en appuyant sur la touche "pause" quand vous voulez, et bien le visiteur s'affole.
Autant balancer un troupeau de brebis dans un couloir sombre. Le monsieur qui parle dans la machine a du avoir des consignes : "une visite moyenne ne doit pas durer plus de x minutes". On fait donc cavaler le touriste à la vitesse de l'éclair au gré des "regardez, il a les pieds dans l'eau", et "là, ça doit être le Mont Saint-Michel". Paf paf, au gré des numéros marqués au-dessus, le troupeau regarde, avance, et s'offusque.

Ben oui tient, parce qu'au bout de quelques numéros au pas de course, voulant voir les détails d'un trucs, la broderie du haut, les différents styles de fleurs de lys et autres joyeusetés, moi, je me suis arrêtée.
Sus à la tyrannie de l'odieu-guide, je suis là pour voir, et savoir, pas pour troupotter. Faisant donc fi des regards courroucés de mes compatriotes en tapisserie, collée sur la vitre, j'ai troublé l'ordre public pendant un certain temps, voire un temps certain, histoire de prendre le mien.
Après, le côté amusant, c'est l'observation et de la tapisserie, et de ses visiteurs.
Certains voyant mon odieu-guide pendouiller au bout de mon bras avec une suspecte lumière bleutée en halo mortuaire se sont dit qu'il devait y avoir un truc. Se sont décidés à regarder la bestiole, et comprenant qu'ils avaient le droit de s'arrêter, se sont arrêtés.
Les autres, plus qu'énervés par mon comportement délétère, m'ont regardée l'air offusqué. Au temps de la Révolution, sauf à avoir mis mes talents de couturière au service des sans-culottes angevins, j'aurai fini sur l'échafaud de l'Odieu-guide suprême.

Après, une fois la machine rendue, direction le deuxième étage, où se trouvent quelques petites explications sur la bête.
Sauf que les bêtes, là encore, c'est plutôt ceux qui regardent. Parce que bon, il y aurait des choses à dire autour de cette tapisserie ! Mais on ne les dit pas.
Faut pas non plus tirer sur le char à bestiaux, mais quand même. Rien sur les symboles (que font là les centaures ?), les représentations olé olé (y'à plein de kikis divers et variés qui traînent ça et là, c'est normal docteur ?), pourquoi des scènes en haut, des scènes en bas ? Les personnages n'ont pas les mêmes tailles..., etc, etc. Et puis rien sur les hypothèses d'accroche...
Ben oui, dame Nain aime beaucoup Pénélope, la conservatrice de choc d'Adrien Goetz. Et dans Intrigue à l'Anglaise, Wandrille, le chéri de Pénélope, fait du bricolage. Et se pose la question de savoir si la belle n'aurait pas pu être enroulée autour d'une colonne.
Moi, perso, j'aime bien l'idée que la tapisserie de Bayeux puisse avoir été comme sa copine romaine la Trajanne. Et puis je sais pas, mais la voir pendouiller comme on l'a fait pendant de longues années le long des colonnes de la cathédrale, ça lui va pas à la belle.
Bon, sinon, au troisième étage, ne ratez pas le film, un chouille plus consistant pour les historiens en quête d'histoires ou d'Histoire.
Sinon, Bayeux, c'est beau. Une pause s'y impose...