Histoire de tiare
Le truc quand on est historien, c'est qu'on se régale au quotidien.
Un boulot de rêve. Vrai.
Ben oui, LE truc, c'est qu'on est toujours dans le beau. Et l'Art, ça élève.
Autant vous dire que je suis assez souvent en lévitation. Un vrai lama tibétain, jamais lassée.
Bon, les archives, c'est parfois dans des bâtiments moches néo-pompidoliens, mais, y'a du rayonnage. Alors, on fait fi du lino, et on regarde les registres, les pleins, des déliés, les cuirs vieillis, c'est beau.
Parfois, les salles sont sublimes. Des boiseries, des tables Napoléon III, des lampes discrètes, et le savoir étalé. Jubilation.
Et puis y'a les châteaux. Là, la plupart du temps, la lévitation est paroxysmique. Un petit coucher de soleil sur le jardin, même en friche, réjouirait même le plus déprimé des Kantiens. Même la pelle mécanique en paraît bucolique.
Et puis il y a les images.
Ben oui, tient, tout le monde, et moi en premier, passe des heures à mater des chouettes trucs sur Pinterest. Sauf que pour l'historienne de l'art, l'amoureuse du design, des châtiaux, des jardins et autres tableaux, ben Pinterest, c'est tout le temps ! Trop de la balle.
Prenez là, là, y'a pas une heure. Je cherchais des trucs sur la base de données du Ministère de la Culture. Ca le fait déjà, de dire "je cherche des trucs sur la base de données du Ministère de la Culture". On se croirait dans Télérama tient. Bon, et puis parce que les jardins, l'hortésie, tout ça, ça fait promener en intérieur, j'ai zappé sur Rome.
Autant vous dire qu'on tient un sujet sensible là. Rome. A Rome, j'ai juste kiffé ma race. Mon Lhassa à moi. Pas un coin moche. Même les poubelles y ont un petit air antique. Un granite di caffe à Tazza d'Oro, le Panthéon, la fontaines des tortues, le Trastevere, l'isola tiberina, ma villa préférée, et la via del'Orso.
Ahhh, via del'Orso, en face du barbier, y'à un lieu de perdition pour archéologue. Un bijoutier que je porte encore à ma droite, le sceau d'Auguste, rien que ça. Impossible de l'enlever. Oh, je pourrais, hein, sur le principe. Mais je peux pas. Je sais pas, ce bijou là me rattache à trop.
J'ai bien essayé, remplacé, par quelques fleurs argentées ou autres petites choses diamantées. Mais non, mon Auguste revient à chaque fois.
Alors, alors, peut-être, qu'après tout, je pourrai éventuellement le remiser parfois, pour d'autres petites choses comme celles-là :
Directement venues de la rue de l'Ours.
De belles intailles en creux ou camés en plein. De l'Antique, du vrai, de la copie d'ancien.
Mais comment, me direz-vous, suis-je passée du Ministère de la Culture à Rome, hein ? Bon, en soit, vu le contexte, le saut est assez rapide.
Sauf de saut à sceau, ben, c'est qu'en fait, je regardais ça :
Tout Rome sur le poignet. Ca le fait.
En micro-mosaïque qui plus est.
Du coup, je suis passée à d'autres petites choses sympatiques :
Une peite tiare de rien, appréciée des napoléoniens.
Une merveille...
Quand je vous disais qu'en Art, on lévitait...





