T'aurais du y aller...
Où la reine du concept raté.
Faudra que je m'y fasse, j'ai définitivement tout du chercheur, mais rien de l'entrepreneur.
L'entrepreneur, c'est le mec (ou la fille, on va pas chipoter) qui lorsqu'il a une idée, il court direct chez le banquier. Là, il taille le bout de gras, l'air enjoué, décontracté, explique que le machin électronique qu'il est en train de bidouiller dans son garage, c'est LE truc qui va révolutionner l'histoire des ménages, on lui prête des sous, et hop ! 30 ans plus tard, c'est miyon dollar baby.
Ben moi, c'est pareil.
Sauf que je suis jamais allée voir mon banquier, si ce n'est pour négocier quelques remises de peine. Partant du principe que m'ayant vu pour combler des trous, il allait pas me donner des sous non plus hein, faut pas rêver.
Que celui qui croit encore au père Noël, surtout chez les banquiers, lève le doigt.
Personne ?
Voilà, c'est dit.
Non, parce que des idées, de celles qui marchent maintenant, mais que j'y ai déjà pensé depuis au moins quarante ans, j'en ai eu plein. Une vraie Jules Verne du concept.
Prenez le Vélov.
Et bien en 1986, alors que mes petits camarades d'université trouvaient rigolo de manifester, et que les chauffeurs de bus et métro avaient décidé de les accompagner, la bécasse qui allait en cours à pieds, c'était moi. Et qui rêvait d'un système de location de vélo en ville, c'était moi aussi.
Et l'autolib.
Près de 10 ans plus tard, lorsqu'après moult tentatives j’obtins le droit de conduire (Dieu que ce fut laborieux), vu l'état du gouffre de mes finances ridicules, il fut alors hors de question de posséder le moindre véhicule. J'ai du coup rêvé de location de voiture en ville. Imaginez, hop, comme ça, on en prend une, on la repose, ça coûte pas un bras, ni trop d'assurance, ni trop d'essence. Et en plus, c'était écolo. Que demander de plus ?
J'aurai du poser le concept.
Après, j'ai aussi rêvé Etsy, A Little Market et autres Dawanda.
Lorsque je me mis à fabriquer, pour quelques sous gagner, qui des sacs, quoi des écharpes, comment d'autres objets textiles de ma composition, censés m'apporter quelque rémunération.
Ben oui, l'archéologie ne payant son homme qu'à coup de lance-pierres, c'était ça, le trottoir ou la guerre. J'ai préféré tirer l'aiguille à défaut d'autres anguilles.
Et là de me poser la question : comment mutualiser le travail de petites mains telles les miennes, sans passer les 3/4 du salaire de mon labeur dans un statut trop-entrepreneur ?
J'avais bien un frangin dans l'informatique. Mais je préférai alors développer d'autres problématiques.
Et voilà comment, paf, je suis encore passée à côté de quelques billets.
*
Et que m'inspira ce post de ratée à idées ?
Et bien ça :
Nan ?
Si.
Et ça, ça vient des cours d'Allemand.
Non, mais vrai quoi, une chiantitude pareille, ça ne s'invente pas.
O tannenbaum, mein tannenbaum, beuglé par une classe de braillards menés à la baguette par une dame au look d'allemande de l'Est à la coiffure post-soviétique, c'était juste le pied intégral.
Angela, à côté, c'est Pipo et Mario.
Pendant ces cours, j'ai, entre autre, dessiné des chats, sculpté des crayons, ricané, chanté faux exprès, ET cherché à mettre au point un nouvel art ongulaire.
Parce qu'une fois mes gommes et mes crayons réduits à l'état de totems, n'osant pas me lancer dans la sculpture en bureau, j'avais attaqué le body art.
Avec les moyens du bord hein, à savoir du vernis, un bon cutter, ma myopie en binoculaire et une certaine habileté, il faut le dire.
Je rêvais alors, à défaut de stéri-strip fauché dans le placard à pharmacie, de mettre au point l'idée qui permettrait de transformer mes ongles en trucs genre Cruella Deville versus 101 dalmatiens.
Bon, autant dire que ma vocation ongulaire fut rapidement étouffée dans l’œuf par des notes proches du zéro polaire.
Et la nécessité de faire bonne figure face à la Gertrude Schopenhauer qui fit alors front face au maquis de mon déshonneur.
Difficile de se lancer dans l'onglerie d'art face à un dragon beige à la moumoute germanique en radar. Je me résignais alors à ânonner de l'automatique teuton l'air hagard.
Aujourd'hui, de ces 7 ans de cours d'élève Tartenpion, me reviennent seulement 2 expressions : Scheiße et Ich liebe dich.
Vous me direz, je tiens sans doute là les clefs conceptuelles d'un certain aspect civilisationnel...
*
N'empêche. Si j'avais suivi ma cancritude kératinée, aujourd'hui, je me pavanerai à Gstaad en caribou sur les pentes neigeuses plutôt qu'en habit de boue au bras d'une pelleteuse.
Ouais.
Sauf que.
Mon métier, mes métiers, c'est juste les plus beaux du monde...
Un peu de tout, tout ce que j'aime. De la passion, une certaine foi.
Et pour tout ça, on a beau dire, on a beau faire, le concept, y se dépose pas.

