Pour tout vous dire, Michel-Ange, "j'y suis bien sujette". A savoir, pour ceux qui ne pratiquent pas le lyonno-stéphanois, j'aime bien.

Michelangelo, study for the head of Leda - 1529

Enfin, même plus que ça, dit la fille qui s'est fait un petit syndrome de Stendhal devant sa "tête idéale".

Un syndrome de Stendhal ?

J'explique.

C'était un jour de semaine à Paris, un chouille désoeuvré. Et que fais l'historienne d'art désoeuvrée quand elle se désoeuvre ? Ben, elle va au Louvre, histoire de regarder deux ou trois trucs pendus sur les murs. Ça détend.

Bon, là, y'avait une expo sur "les dessins de Michel-Ange". Ok, sur Mimi, tu sais tout, on t'as suffisamment rabâché des trucs sur le bonhomme, t'y vas juste "histoire de", pour voir.

Et c'est là que Stendhal arrive.

Mais alors, alors, le syndrome de Stendhal, c'est quoi ?

Ben généralement, ça touche des gens peu éduqués, un peu éloignés, ceux qui n'ont pas l'habitude de naviguer dans le classique, le beau, l'oeuvre d'art.

Je vois vos regards interloqués. Mais par chez nous, levez les yeux, regardez, l'architecture, le paysage, les châteaux, les jardins, les tableaux, vous vivez dans le beau ! On dirait pas, mais au fin fond du Névada, ben tout ça, ils l'ont pas.

Bon, vous me direz, Stendhal, il était bien de chez nous, et éduqué, et ça l'a pas empêché de se taper son beau syndrome non plus hein... Moi non plus d'ailleurs.

Bref, prenez une américain ou un monsieur jamais sorti de chez lui, et qui n'a pas la tévé, flanquez-le pour de vrai devant la Joconde, la cathédrale de Milan ou le Colisée, et paf ! Il pète un boulon.

Après, ça se traduit en fonction de la personnalité de chacun. Y'en a qui veulent détruire l'oeuvre en question, et d'autres qui aimeraient bien l'emmener à la maison.

Moi j'ai fait la version "maison". A savoir que quand je suis arrivée devant la tête idéale, j'ai juste eu envie de trucider les deux italiennes qui étaient déjà postée devant.

Michelangelo Buonarroti - Testa ideale

Je la voulais pour moi cette tête là. Et la première pensée qui est venue après fut "si ils l'a vendent, je l'achète".

Mais oui, mais oui... Et la marmotte, elle met le chocolat, dans le papier "halu"...

Bon, après, la raison l'emportant -j'allais quand même pas partir avec ma tête sous le bras- , je repris la mienne, et me mis en quête d'une carte postale de ce magnifique dessin.

Que nenni !

Rhhaa, frustration extrême.  Non, mais allo quoi, au Louvre, y'a même pas une carte pour moi !

J'ai cherché hein. Je l'ai eu. Mais bien des années plus tard.

Maintenant, elle est au-dessus de mon bureau.

Et elle est à moi, là là là...

Bon, et sinon, pourquoi donc vous parlais-je de Mimi l'Ange ?

Ben parce qu'aujourd'hui, j'ai encore appris un truc.

On repart pour de l'histouère ?

On est au début du XVIe siècle. A Florence. En Italie.

Mimi, à l'époque, c'est juste une star. A 15 ans, il a fait "la vierge à l'escalier.

Michel Ange Vierge escalier

A 17, "la bataille des centaures".

Michel-Ange, la bataille des centaures

Et à 21, il tombe devant un bloc de marbre oublié par des potes sculpteurs, il prend un ciseau, et hop, il commence son "David".

Michelangelos_David

En 1527, Florence chasse les Médicis. Oust, aller, hop, allez voir ailleurs si ont y est. On en a des frissons a posteriori, parce que sans les Médicis, à Florence, on aurait loupé des trucs quand même...

Bon, les Médicis, vu que ça leur reste en travers, ils s'allient avec les Espagnols, et ni une ni deux, ils reprennent la ville en 1529.

Pour les florentins, c'est pas la joie. Ils ont fortifié, ils ont guerroyé, et ils n'ont plus rien à se mettre sous la dent ; et en plus, la peste traîne par là. Pas de bol.

Et notre Mimi, y fait quoi là dedans ? Et ben il a la pétoche. Vu qu'il avait un chouille milité contre les Médicis, il se sent pas trop à l'aise. Si on ajoute la faim et l'autre pestouille, c'était pas terrible.

Que faire ?

Bon, c'est un génie, faut pas l'oublier. Il cogite un peu, et il se dit que si y'a UN endroit où se cacher, c'est là où on irait pas le chercher. A savoir dans une cave de la sacristie Neuve de la basilique San Lorenzo. Celle des Medicis, si, si. Finaud le bestiau.

Aller, hop ! Au trou !

Bon, c'est pas dit qu'il sortait pas la nuit, histoire d'aller chercher 2 ou 3 trucs à manger, et quelques bouts de chandelle à brûler.

Et sinon, histoire de passer le temps, il gribouille sur les murs.

Michel-Ange cave

Oh, des trucs de rien, hein. Des bouts d'antique, des morceaux de statues à faire, des machins griffonnés de tête...

Michel-Ange, cave 3

Après, les Médicis, pas chiens, ils sont partis à sa recherche. Trop content de sortir de son antre, Mimi réapparaît, et Clément VII passe l'éponge.

Michel-Ange, cave 2

Et à propos d'éponge, dans la cave, on fait un peu de propre, on badigeonne, et on oublie.

Par la suite, on y entrepose du charbon, et tempus fugit.

Après, on arrive dans le fameux principe de précaution à la con. Celui qui fait dire à de charmants édiles sécuritaires que décidément, non, non, une cathédrale sans sortie de secours, ça se fait pas, et que de toutes façons, d'après nos calculs, elle aurait du tomber y'à longtemps, la pauvre cathédrale en question. C'est comme les ascenseurs dans les tours médiévales cette histoire là ; disons qu'entre précaution et histoire, y'à juste parfois collusion stupidatoire.

Bref.

En 1975, fallait faire une sortie de secours à la bibliothèque de la chapelle. O-bli-gé.On va gratouiller dans la cave, et sous le charbon, ohhh, qu'est qu'on trouve ?

Les gribouillis de Mimi.

Bon, après, les spéciologues se sont battus. Mimi or not Mimi ? That was the question... On a même appelé les experts à Mi-à-Mi pour essayer de trouver les empreintes digitales de l'angélique sculpteur.

Ben oui, figurez vous qu'on les a, il les a laissé traîner sur un bout d'argile...

Les empreintes, ça rien donné, mais après presque 40 ans, on en est sûr, Michel-Ange a bien oeuvré là...

Et on est bien content ma fois.

File:Andr37.jpg

Alors, on peut pas la voir, hein, interdit. Trop fragile. Mais on va en faire une autre à côté, une fausse, histoire de se faire des syndromes stendhaliens en copier-coller.

Je sais pas si ça aura le même chien, ou le même collier...