Stéphane Bern, sort de ce corps !

Quoi, moi, Stéphane Bern ?

Meuh non... J'ai pas le même ondulé, ni le verbe aussi châtié (quoique...)

Non, cette jolie phrase à consonance Dantesque m'a été inspiré il y a quelques temps par un de mes étudiants.

Ils sont drôles mes petits étudiants. Persuadés sans nul doute que je suis un fossile sortie de la préhistoire de l'Art, certains n'imaginent pas un instant que je puisse maîtriser internet ou autre joyeusetés informatiques.

Sauf que si.

Bon, histoire de vous définir le contexte, et de meaculpabiliser avant de commencer, quand j'étais étudiante, il m'est arrivé d'avoir quelques anti-sèches. Ouais, j'assume. L'archéologie grecque par exemple, c'était pas forcément mon truc préféré. Du coup, fallait bien que je compense un peu.

Ok, ok, c'était pas bien. Bon, j'ai pas fait ma vie dans les temples grecs non plus...

Ceci expliquant cela.

Et puis à l'époque (ouais, je suis un fossile), les anti-sèches, c'étaient 2 ou 3 notes discrètes écrites sur un minuscule petit papier. Juste de quoi assurer sur quelques dates pour ne pas trop se planter. Et ne pas se faire remarquer.

Mais aujourd'hui...

Aujourd'hui, y'a internet. Et les smartphones. Et les connexions wifi.

C'est là que ça devient drôle. Parce que persuadés donc que je suis un vieux machin naïf, certains de mes étudiants en mal d'inspiration, tout en partiel émotionnés, un fois le sujet donné, piochent allégrement sur la toile lorsque j'ai le dos tourné.

Si c'était discret encore...

Si y'avait un minimum de fioritures mis autour. Voire une assimilation de la chose.

Et allez hop ! Et vas-y que je te copie l'intégralité de la page sur les châteaux de la Renaissance ! Et zou ! Et que je saute à pieds joints dans la page wikipédia du sujet demandé. Plaf !

Ben oui, c'est pas comme si on savait pas qu'en 2ème année, le lait leur coule encore un peu par le nez. Qu'à part le petit génie biberonné à l'histoire dès la première dent poussée, les autres étudiants, eux, ont encore du chemin à cheminer.

Du coup, lorsque je lis une copie de partiel de 2ème année truffée de mots savants et établissant un parallèle érudit entre architecture et philosophie, et ben je me pose des questions. Et quand je trouve la phrase écrite telle quelle sur tel ou tel site d'histoire des châteaux du XVIe siècle, je me marre !

Après, la note est moins marrante pour le plagieur. Mais faut assumer.

*

Et à l'oral ça donne quoi le copier-coller ?

Et ben ça donne un mélange entre Stéphane Bern et Jar Jar Binks.

Stéphane Bern, on voit bien. Langage recherché, scansion télévisée.

Jar Jar, c'est le grand machin dans StarWars. Celui qui parle à l'envers, en inventant des mots toutes les deux phrases. Le tout rythmé par de grands moulinets... Mais où diable dois-je donc mettre mes bras ?

Et ben voilà, je viens de trouver le Jar Jar de l'histoire de l'Art.

Jar Jar Thinks BW

Un comme ça par exemple ? Entre Star Wars et Rodin ?

Voilà comment, grâce à mes étudiants, je passe du XVIe aux dadaïstes.

Un petit/grand côté surréaliste.

*

Aller, pour le plaisir, quelques phrases tirées d'un exposé. Le jeune homme aurait dû en rester à l'oral, on aurait Jar-Jarisé dans la bonne humeur, mais il tint à me donner la chose écrite... Du coup, rendons à César ce qui est à César, je garde les fôtes d'ortografe aussi :

"Au vu de ces deux constats nous pourrions nous surprendre que le site fut touché par la désuétude. (...) Le Châteaux Neuf a véritablement été mis, au monde, s'est agrandi pour à terme mourrir. Autrement, son homologue une fois né ne subira que des modifications certes non négligeables mais pour autant sans que destruction il y ait. (...) Au demeurant le Château-Vieux s'organise en considération de la chapelle qui traversa les âges malgré l'incendie durant la guerre de 100 ans.

Ahhh, les châtiaux, ça inspire comme on respire...