Bon, ok, ça fait un peu monomaniaque, mais j'avais envie de continuer sur le sens...

"Aller dans le bon sens", avoir du bon sens".

Mais c'est quoi le bon sens ?

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Bon, je vais pas créer de querelles de clocher. A mon sens, le bon sens, c'est censé. Ça veut dire quelque chose, c'est logique. Ça ne se discute pas. C'est comme ça. On va pas mettre le bonnet en bas et les chaussettes en haut.

Ok pour ça.

Mais si on débroussaille la généralité, si on spécifie le sujet ?

Hum..., tient, l'éducation...

Ahhh, je te vois venir ! On repart vers le GIGN ?

Pas forcément, quoique...

Qu'est ce que le bon sens, pour moi, historienne, archéologue, restauratrice, prof de fac, créatrice, brocanteuse ?

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Pendant longtemps, pendant mes cours, j'ai présenté mon métier comme une sorte de but. J'avais envie de partager mon expérience, de donner envie à mes étudiants de se diriger vers le domaine qui me passionne. Les jardins, du passé au présent, de l'histoire à l'écologie, de la lecture à l'écriture...

Et puis cette année, j'ai changé.

Parce qu'en définitive, je me suis rendue compte que cet enseignement comportait une certaine cruauté.

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Cruauté ?

Oui.

Avais-je le droit d'orienter mes étudiants, même avec la plus grande passion du monde, vers un domaine où actuellement, il n'y a quasiment pas de débouchées professionnelles ? Avais je le droit d'utiliser ma passion pour les guider vers un avenir pour l'instant inexistant ?

Parce que c'est bien beau d'avoir inventé mon métier, mais pour le transmettre, il faut qu'il y ait quelques places derrière.

Et pour l'instant, les places, on voit pas bien. Contexte économique, nouveauté du sujet, nécessité de l'expérience, ... On est encore dans l'expérimental. Point encore de labo dédié, de structures administrées, juste moi qui débroussaille.

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Alors à quoi bon donner envie si je ne peux fournir la machette et le sécateur ? Satisfaire la soif ?

Premier point.

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Le second est celui qui m'a le plus fait réfléchir.

C'était celui du parcours.

J'ai coutume de dire que pour créer mon métier, j'ai pris un grand sac, j'ai mis tout ce que je savais faire dedans et j'ai secoué bien fort.

Les choses n'ont pas été linéaires et ne le sont toujours pas, loin de là. Elles se sont formées au fil des rencontres, des amitiés, des passions. Avec une absence totale de carriérisme. Et heureusement.

Pas de ligne droite, des courbes, des pleins, des déliés. Juste la passion en toile de fond.

Qu'étais-je alors en droit d'enseigner ?

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La réponse s'est imposée d'elle-même : la curiosité.

L'idée n'étant pas tant de guider mes étudiants vers une profession. Mais plutôt de mettre ma curiosité au service de leurs talents.

En quoi, moi, passeuse d'(H)istoire(s), pouvais-je les aider à non pas trouver le bon sens, mais leur sens ?

Leur montrer qu'on peut faire quelque chose de sa vie, de ses envies en utilisant ce qu'ils ont en eux-mêmes.

Que le Beau qui dirige leurs études peut aussi faire partie de leur vie.

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Et bien ce fut jubilatoire cette histoire...

Avec un vrai plaisir, celui d'aider. De guider. Ne plus être Dominus. Devenir Magister.

Goethe a dit : "tout ce que tu peux faire, ou rêves de faire, entreprends-le. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."

Ben voilà, moi je crois que je suis devenue prof de magie.

Et Dieu que c'est bon...

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